Fermer
Imprimer


Médicaments et allaitement, les grandes lignes du raisonnement.


Mise à jour : 12 septembre 2018


Les conséquences pour l’enfant allaité d’un traitement pris par sa mère dépendent étroitement du niveau d’exposition systémique de l’enfant.
Le médicament, s’il est présent dans le lait, est transmis à l’enfant par voie orale.

L’importance de l’exposition systémique de l’enfant va donc dépendre :

  • De la biodisponibilité par voie orale du médicament. En l’absence d’absorption digestive par exemple, on ne craint pas d’effet chez l’enfant (c’est le cas notamment pour les aminosides).
  • De la quantité de médicament présente dans le lait. Certains facteurs interviennent sur cette quantité :
    • Les concentrations plasmatiques maternelles. Plus elles sont élevées, plus les quantités présentes dans le lait risquent d’être importantes. Les concentrations plasmatiques maternelles augmentent avec la posologie et sont généralement plus élevées par voie IV que par voie orale. Elles sont le plus souvent faibles, voire négligeables en cas d’administration orale de médicaments à faible absorption digestive ou lors d’administrations locales.
    • Les capacités de passage de chaque molécule dans le lait. Le passage est d’autant plus important que la liaison aux protéines plasmatiques, le degré d’ionisation et le poids moléculaire des médicaments sont faibles et que leur liposolubilité est élevée (ex : lithium).
    • Le moment de la tétée par rapport au pic de concentration du médicament dans le lait (ex : colchicine). Plus la tétée est proche du pic, plus la quantité présente dans le lait est importante.
  • Des capacités d’élimination de l’enfant. Lorsqu’elles sont réduites, l’exposition systémique de l’enfant allaité risque d’augmenter.
    • C’est le cas chez le nouveau-né (en particulier en cas de prématurité) ou si l’enfant est atteint d’une pathologie retentissant sur sa fonction hépatique ou rénale.

L’évaluation du risque pour l’enfant allaité repose sur l’analyse de données classées en fonction de leur impact respectif. Il s’agit d’une part d’éléments majeurs dont chacun peut suffire à déterminer la possibilité (ou non) d’allaiter et d’autre part de données complémentaires, de moindre importance, qui ne sont généralement pas des critères décisionnels à eux seuls.

1/- Eléments majeurs :

  • Données de pharmacocinétique :
    • Mesure des concentrations plasmatiques chez les enfants allaités. Elles seront comparées aux concentrations thérapeutiques maternelles ou pédiatriques (quand elles sont connues).
    • Estimation de la quantité journalière de médicament ingérée par l’enfant via le lait rapportée au poids (en mg/kg/j). Elle est calculée à partir des concentrations mesurées dans le lait et d’un volume de lait absorbé par l’enfant de 150 ml/kg/j. Elle est le plus souvent exprimée en pourcentage de la dose maternelle rapportée au poids (mg/kg). La quantité reçue par l’enfant est généralement considérée comme faible lorsqu’elle est inférieure à 10% de la dose maternelle, et comme très faible lorsqu’elle est inférieure à 3%. La quantité reçue par l’enfant peut également être comparée à la dose pédiatrique (en mg/kg), lorsqu’elle existe.
  • Données cliniques : présence ou absence d’effets indésirables chez des enfants allaités.
  • Profil de toxicité de la molécule (ex : antimitotiques) ; caractéristiques pharmacologiques et pharmacocinétiques : présence de métabolites actifs, demi-vie d’élimination plasmatique (risque d’accumulation chez le nouveau-né quand elle est longue)...

2/ Eléments complémentaires :

  • « Recul d’utilisation » du médicament chez les femmes qui allaitent. Dans un certain nombre de cas, l’usage du médicament est probablement important dans la pratique courante, mais non documenté.
  • Utilisation du médicament chez le nouveau-né ou le nourrisson.

Au terme de l’analyse de toutes les données disponibles, 3 types de situations se dégagent :

1) Un risque pour l’enfant allaité est décrit (ou est susceptible de survenir) et l’utilisation du médicament n’est pas compatible avec l’allaitement. Il s’agit des situations où :

    • soit un effet indésirable sévère est rapporté parmi les enfants allaités,
    • soit les concentrations plasmatiques chez des enfants allaités sont préoccupantes,
    • soit le médicament du fait de son profil de tolérance expose l’enfant à un risque d’effets indésirables sévères,
    • soit la quantité de médicament reçue par l’enfant via le lait est importante (supérieure à 10% de la dose maternelle).

2) Un risque pour l’enfant allaité est peu probable. En fonction de la nature des données disponibles, l’utilisation sera qualifiée de « possible » ou d’ « envisageable » pendant l’allaitement car :

    • les concentrations plasmatiques chez les enfants allaités sont indétectables ou très faibles par rapport aux concentrations thérapeutiques,
    • et/ou la quantité reçue par l’enfant via le lait est faible ou très faible,
    • et/ou aucun effet indésirable sévère n’est retenu chez des enfants allaités,
    • et/ou le profil pharmacologique de la molécule n’est pas inquiétant, son utilisation est large en pédiatrie.
    • Cependant, certaines situations peuvent remettre en cause la possibilité d’allaiter :
      • enfant prématuré (immaturité des capacités d’élimination),
      • altération des fonctions hépatique ou rénale de l’enfant,
      • administration de certains médicaments directement à l’enfant allaité (risque de surdosage ou risque d’interaction avec les médicaments présents dans le lait),
      • posologie maternelle élevée,
      • polythérapie maternelle,
      • durée prolongée du traitement.

3) Le risque pour l’enfant ne peut pas être évalué car les données disponibles ne permettent pas de conclure. La possibilité (ou non) d’allaiter sera appréciée au cas par cas.